On m'a quelques fois demandé : Vous l'avez vécu, ce que vous écrivez ?
 
Quelle importance !
Est-ce que ça ajoute quoique ce soit à ces mots ?
Demande-t-on à un romancier qui décrit un de ses personnages pissant encore au lit à 37 ans s'il parle de lui ?
(En fait si, on lui demande… et certains répondent…)
 
 
Si je l'ai vécu, c'est que j'ai un certain talent utile en écriture :
la distance d'avec la brutalité de toute expérience humaine.
 
Si je ne l'ai pas vécu, c'est que j'ai un certain talent utile en écriture :
l'empathie avec quelques expériences humaines, parfois aux marges de l'humain.
 
 
Mais voilà, ce texte est là, peut être entre vos mains.
Sans moi.
Sans cette part de moi où vous ne pouvez vivre.
En cette part de vous où se deviendra autre.
En cette part de nous où rien n'est plus des mots.